Origine des œufs à la florentine : histoire et sens

Les œufs à la florentine, c’est bien plus qu’un simple plat : c’est une fenêtre ouverte sur l’histoire culinaire franco-italienne. Ce mets poétique mêle des épinards fondants, des œufs pochés au jaune coulant et une sauce crémeuse riche. Voici ce que vous découvrirez en lisant cet article :

  • L’histoire fascinante du terme "florentine" et ses origines florentines
  • Le rôle réel (ou supposé) de Catherine de Médicis dans ce plat emblématique
  • Les ingrédients essentiels et leur signification culinaire
  • La préparation traditionnelle étape par étape
  • Les variantes modernes et les autres plats portant ce noble nom

Bienvenue sur Le Bistrot du curé. Nous vous invitons à explorer les racines savoureuses de ce classique intemporel.


Origine des œufs à la florentine

Avant de parler de ce qui remplit nos assiettes, il faut remonter le temps. Les œufs à la florentine ne sont pas nés par hasard un matin de dimanche. Leur genèse plonge ses racines dans le dialogue culinaire entre l’Italie et la France au cours des siècles passés.

Au XVIe siècle, Florence rayonnait comme un centre culturel et artistique majeur. La Cité des Fleurs exportait ses talents, ses modes et ses saveurs à travers l’Europe. Quand l’aristocratie française découvrit les traditions italiennes, elle les adopta avec enthousiasme. La cuisine ne fit pas exception à cette tendance.

Le terme "florentine" apparaît progressivement dans les textes culinaires français. Au départ, il ne désignait pas uniquement un plat aux épinards. L’usage était plus large, plus flou, plus poétique. Ce n’est qu’au XIXe siècle que le sens s’affine et se cristallise autour des épinards. Les grands traités gastronomiques du siècle suivant consolideront cette association.

Le grand cuisinier Auguste Escoffier, dont l’influence sur la gastronomie française demeure considérable, codifie au XXe siècle l’usage du terme. Pour lui, un plat mérite le qualificatif "florentine" dès lors qu’il contient des épinards préparés à la française. Cette règle devient un standard dans les cuisines professionnelles.


Que signifie vraiment "à la florentine" ?

Dans la cuisine française classique, dire qu’un plat est "à la florentine" constitue une promesse précise. Cela indique la présence certaine d’épinards cuits, généralement accompagnés d’une sauce crémeuse généreuse.

Cette appellation fonctionne comme une signature gastronomique. Elle communique immédiatement au dîneur ce qu’il doit attendre : des épinards, de la douceur, du moelleux. L’élégance naît de cette simplicité affichée.

Contrairement à d’autres termes culinaires complexes, "florentine" reste accessible. Un enfant comprendra que manger un œuf à la florentine signifie manger un œuf avec des épinards. Pourtant, le plat conserve une touche de raffinement bourgeois, presque aristocratique.

Cette dualité explique pourquoi les œufs à la florentine figurent au menu des bistros familiaux comme à celui des restaurants gastronomiques. Le plat s’adapte à chaque contexte. Il demeure humble par ses ingrédients, mais noble par sa présentation et son héritage.


Le lien entre Florence, l’Italie et la cuisine française

Florence incarnait au XVIe siècle bien plus qu’une cité-État prospère. C’était un laboratoire des arts, de l’architecture, de la pensée. Les Florentins, marchands avisés, voyaient dans l’exportation culturelle un vecteur de pouvoir et d’influence. La cuisine suivit cette logique.

La table italienne fascinait les nobles français. Huile d’olive, agrumes, pâtes, sauces élaborées : tout cela relevait de l’exotisme. Les épinards, plante méditerranéenne que les Italiens cultivaient généreusement, incarnaient cette altérité attrayante.

L’Italie du Nord, particulièrement la Lombardie et la Toscane, développait des traditions où les légumes verts occupaient une place centrale. Les pâtes aux épinards, les farces délicates, les préparations délicates. Ces techniques circulaient lentement vers le nord.

Rome ancienne avait déjà valorisé les épinards. Cette plante robuste, riche en fer et en vitamines, constituait un aliment stratégique. Mais c’est au Moyen Âge et à la Renaissance que les Italiens perfectionnèrent véritablement leur approche culinaire des feuillages verts.

Quand la France s’ouvrit à ces influences, elle ne les imita pas servilement. Elle les réinventa. La sauce béchamel française, crémeuse et raffinée, s’associa naturellement aux épinards italiens. De cette rencontre naquirent des plats hybrides, éminemment français par leur technique, profondément italiens par leur inspiration.


Catherine de Médicis a-t-elle vraiment influencé ce plat ?

La légende est séduisante. Catherine de Médicis, née à Florence en 1519, épouse le futur roi de France Henri II. Elle apporte avec elle toute la richesse culinaire de son terroir. Elle introduit en France des cuisiniers compétents, des produits rares, des techniques oubliées. Et notamment, elle adorait les épinards.

Cette histoire circule depuis des siècles. Les historiens de la gastronomie la répètent volontiers. Elle explique simplement, clairement, pourquoi les épinards sont devenus si importants dans la cuisine française. Un conte parfait.

Mais la vérité historique s’avère plus nuancée. Aucune preuve formelle ne démontre que Catherine de Médicis importa des épinards en France ou qu’elle lança la mode des plats "florentins". Aucun document d’époque n’établit ce lien direct. C’est une belle histoire, pas une certitude documentée.

Les épinards existaient déjà en France avant 1533, année de son arrivée. Les traités culinaires du Moyen Âge en parlent. Des recettes anciennes les mentionnent. Catherine de Médicis n’a donc pas découvert ce végétal pour la France.

Cependant, son statut de figure centrale de la Renaissance française renforce l’association. Son amour supposé des épinards devient emblématique. Cette légende illustre comment la gastronomie s’écrit autant par les mythes que par les faits. Elle révèle ce que les contemporains souhaitaient croire : que le goût vient de loin, que l’Italie enrichit la France, que les femmes de pouvoir modèlent la cuisine.


Comment le terme "florentine" a évolué dans le temps

Les termes culinaires possèdent une histoire fluide, parfois chaotique. Celui-ci ne fait pas exception. En remontant les textes anciens, on observe des usages fluctuants.

Aux XVIe et XVIIe siècles, "florentine" apparaît dans certaines recettes. Mais le sens n’est pas stabilisé. Le mot désigne tantôt une technique de cuisson, tantôt un ensemble d’ingrédients, tantôt simplement une provenance supposée. Les chefs utilisent le terme avec une certaine liberté créative.

Au XVIIIe siècle, la classification se raffine. Les cuisiniers français développent un goût pour les catégorisations précises. Les sauces reçoivent des noms, les garnitures aussi. Le vocabulaire culinaire s’académise progressivement.

C’est au XIXe siècle que le lien "florentine" = "épinards" se cristallise définitivement. Marie-Antoine Carême, père de la cuisine française moderne, utilise le terme avec une certitude nouvelle. Ses traités influencent générations d’apprentis cuisinier.

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Escoffier parachève ce travail de clarification au début du XXe siècle. Son "Guide Culinaire", publié en 1903, devient la bible des cuisines professionnelles. Il écrit noir sur blanc que "florentine" signifie "garni d’épinards". Cette phrase simple fige un usage qui allait devenir universel.

Au cours du XXe siècle, le sens s’enrichit mais ne dévie pas. On accepte que "florentine" implique épinards, sauce généreuse, présentation soignée. Aujourd’hui, cette association demeure aussi stable qu’un monument.


Les ingrédients traditionnels des œufs à la florentine

Un plat classique repose sur une architecture d’ingrédients justes. Les œufs à la florentine ne dérogent pas à cette règle. Voici ce que contient réellement un authentique œuf à la florentine traditionnel :

Les composants essentiels :

  • Des œufs frais (de préférence fermiers pour le goût)
  • Des épinards frais ou surgelés
  • Du beurre de qualité
  • De la crème fraîche entière
  • Fromage râpé (gruyère ou parmesan idéalement)
  • Sel et poivre du moulin
  • Une pointe de noix de muscade

Pour la sauce Mornay (la plus courante) :

  • Lait entier
  • Farine blanche
  • Beurre frais
  • Fromage râpé
  • Jaune d’œuf (pour enrichir légèrement)

Éléments optionnels mais appréciés :

  • Bacon croustillant
  • Échalote finement hachée
  • Un trait de vinaigre blanc (pour pocher les œufs)

La beauté de ce plat réside dans cette composition relativement simple. Aucun ingrédient exotique. Rien que de l’authentique cuisine paysanne sublimée par le savoir-faire. Chaque composant joue un rôle. Retirer un seul élément crée un déséquilibre.

Ingrédient Quantité (2 pers.) Rôle culinaire Coût approx.
Œufs fermiers 4 Protéine principale 1,20 EUR
Épinards frais 300 g Saveur, couleur 1,80 EUR
Beurre demi-sel 50 g Richesse, liaison 0,70 EUR
Crème fraîche 200 ml Onctuosité, douceur 1,50 EUR
Gruyère râpé 80 g Saveur, gratinage 1,40 EUR
Total 6,60 EUR

Pourquoi les épinards sont-ils au cœur de la recette ?

Les épinards ne sont pas qu’une garniture. Ils constituent le cœur battant de ce plat. Comprendre leur rôle, c’est saisir l’essence même de la florentine.

Botaniquement, les épinards appartiennent à la famille des Amaranthacées. Cette plante herbacée prospère dans les régions tempérées. Feuilles tendres, goût délicat, texture veloutée : tout en elle séduisait les Italiens.

Nutritionnellement, les épinards offrent un impressionnant profil. Une portion de 100 grammes apporte environ 3,2 grammes de fer, 49 microgrammes de vitamine K, 469 milligrammes de potassium. Ce végétal dense en nutriments incarnait déjà à la Renaissance un choix "intelligent" pour l’assiette.

Gastronomiquement, les épinards possèdent une douceur naturelle très particulière. Quand on les fait cuire légèrement, elle s’intensifie. Quand on les sauté au beurre, ils développent des notes presque sucrées. Cette douceur contraste merveilleusement avec le jaune d’œuf riche et salé.

Visuellement, c’est eux qui donnent au plat son identité chromatique. Cette teinte verte intense, presque émeraude après cuisson légère, signale au dîneur ce qu’il va consommer. Les épinards promettent fraîcheur et légèreté, même si la sauce qui les enrobe réconcilie cette promesse avec une gourmandise affirmée.

Les épinards offrent aussi une polyvalence remarquable. On les accepte au petit déjeuner comme au dîner. Enfants et adultes les consomment. Ils s’associent à mille préparations. Mais lorsqu’ils accueillent un œuf poché, ils s’anoblissent. Ils deviennent stars.


Quelle sauce accompagne les œufs à la florentine ?

La sauce transforme. Elle magnifie. Elle lie. Sans elle, l’œuf poché resterait sec, les épinards trop rustiques. Avec elle, le plat atteint son équilibre.

La tradition impose essentiellement deux sauces : la Mornay et la Hollandaise. Chacune apporte son univers sensoriel.

La sauce Mornay : la chaleur crémeuse

C’est probablement la plus authentique dans le contexte français. La Mornay appartient à la famille des béchamels, fondée sur un roux blanc (beurre + farine) mouillé de lait chaud.

Préparation élémentaire mais exigeante :

  • Faire fondre 30 grammes de beurre
  • Ajouter 30 grammes de farine, créer un roux blanc
  • Mouiller avec 250 millilitres de lait chauffé
  • Cuire 10 minutes en mélangeant régulièrement
  • Incorporer 60 grammes de fromage râpé (gruyère ou parmesan)
  • Saler, poivrer, muscader délicatement

Cette sauce offre une consistance épaisse, nappeuse. Elle adhère aux épinards. Elle enveloppe l’œuf. Elle gratine magnifiquement au four si le plat passe quelques minutes sous la chaleur supérieure.

Son goût demeure doux, rassurant, presque enfantin par son absence d’agressivité. C’est paradoxalement ce qui en fait une sauce sophistiquée : elle sait se faire discrète pour mettre en valeur ses compagnons.

La sauce Hollandaise : l’élégance acidulée

Cette sauce française malgré son nom relève d’une autre philosophie. Non cuite au sens classique, elle repose sur l’émulsion.

Composition stricte :

  • 3 jaunes d’œufs
  • 100 grammes de beurre clarifié chauffé
  • 15 millilitres de jus de citron frais
  • Sel et poivre blanc
  • Quelques pincées de cayenne optionnellement

L’émulsion se réalise au bain-marie. Les jaunes fouettés régulièrement reçoivent lentement le beurre chaud. La réaction chimique crée une texture légère, mousseuse, presque aérienne. Le citron apporte de l’acidité, contrebalançant la richesse du beurre.

La Hollandaise séduit par son raffinement. Elle convient particulièrement quand on cherche à sublimer plutôt qu’à couvrir. Avec elle, les épinards demeurent identifiables. L’œuf s’affirme.

Elle impose cependant une exigence : préparation quelques minutes avant de servir. Elle ne supporte ni le froid ni une attente prolongée. C’est une sauce vivante, fragile, exigeante.

Autres possibilités : la liberté créative

Certains cuisiniers proposent des variantes. Une simple beurre blanc citronnée. Une crème fraîche montée légèrement. Même une réduction balsamique dans les interprétations modernes.

L’essentiel demeure : la sauce doit donner du moelleux sans écraser les autres saveurs.


Comment préparer des œufs à la florentine traditionnels

Vous avez vos ingrédients. Voici maintenant le chemin pour transformer cette promesse en réalité savoureuse. Cette recette satisfait 2 personnes généreusement.

Étape 1 : Préparer les épinards (10 minutes)

Commencez toujours par le nettoyage minutieux. Si vous utilisez des épinards frais :

  • Remplissez un grand saladier d’eau froide
  • Plongez les épinards, feuille par feuille, par petits lots
  • Laissez reposer 2 minutes pour que le sable tombe
  • Changez l’eau 2 ou 3 fois jusqu’à ce qu’elle demeure limpide
  • Égouttez bien dans une passoire

Si vous préférez les épinards surgelés, décongelez-les quelques heures au réfrigérateur. C’est plus simple, presque aussi bon.

Cuisson douce :

  • Versez 50 grammes de beurre dans une cocotte ou une large poêle
  • À feu moyen, faites chauffer le beurre jusqu’à légère mousse
  • Versez les épinards progressivement en remuant
  • Laissez tomber 8 à 10 minutes environ
  • Les feuilles doivent devenir uniformément tendres, de teinte vert foncé

Assaisonnez généreusement : sel, poivre du moulin, une pincée subtile de noix de muscade. Cette dernière épice magnifie littéralement les épinards. Une demi-cuillère à café suffit pour 300 grammes.

Étape 2 : Préparer la sauce Mornay (8 minutes)

Procédure simple mais minutieuse :

  • Versez 250 millilitres de lait entier dans une casserole
  • Chauffez-le doucement. Il doit être chaud mais pas bouillant quand vous l’ajouterez au roux
  • Dans une autre casserole moyenne, faites fondre 30 grammes de beurre à feu moyen
  • Versez 30 grammes de farine d’un coup en mélangeant énergiquement
  • Continuez à remuer pendant 2 à 3 minutes. Le roux blond apparaît, sentant délicieusement bon
  • Versez progressivement le lait chaud en remuant sans arrêt avec un fouet
  • À mesure que vous versez, la sauce devient crémeuse
  • Continuez la cuisson 8 à 10 minutes à feu doux en continuant à remuer régulièrement
  • La sauce épaissit progressivement, revêt une teinte crème légère
  • Retirez du feu, incorporez 60 grammes de fromage râpé finement
  • Mélangez bien. Le fromage fond et se dissout
  • Goûtez. Ajustez le sel et le poivre. Une pincée légère de muscade ici aussi
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La sauce doit avoir la consistance d’une crème épaisse, capable de napper une cuillère. Trop épaisse ? Versez un peu de lait chaud. Trop fluide ? Laissez réduire 2 à 3 minutes de plus.

Étape 3 : Pocher les œufs (10 minutes)

Cette étape semble complexe. Elle demeure très simple une fois maîtrisée.

  • Versez environ 1 litre d’eau dans une grande casserole profonde
  • Portez à ébullition
  • Quand l’eau bout vraiment, réduisez le feu pour la laisser frémir doucement (elle doit trembler légèrement)
  • Versez un trait de vinaigre blanc (15 millilitres suffisent)
  • Cassez délicatement le premier œuf dans un petit verre ou une petite tasse
  • Créez une sorte de tourbillon dans l’eau avec une cuillère
  • Versez l’œuf du verre au centre du tourbillon
  • Il enroule sur lui-même, le blanc se resserre autour du jaune
  • Laissez reposer 3 à 4 minutes
  • L’œuf monte tout seul à la surface quand il est prêt
  • Retirez-le doucement avec une écumoire

Répétez l’opération pour le second œuf. Important : cuire un seul œuf à la fois. Ils se heurtent sinon et se déchirent.

Le résultat idéal : blanc ferme, homogène, jaune coulant. Vous pouvez tester en appuyant légèrement avec la cuillère. Si c’est mou, c’est gagné.

Étape 4 : Montage et service (3 minutes)

C’est le moment de la mise en scène :

  • Divisez les épinards en deux portions généreuses
  • Placez-les dans deux assiettes creuses chauffées
  • Formez un petit nid au centre
  • Déposez délicatement un œuf poché sur chaque portion d’épinards
  • Versez la sauce Mornay autour et légèrement sur l’œuf (pas entièrement, montrez le jaune)
  • Parsemez de quelques miettes de fromage râpé si vous le souhaitez
  • Servez immédiatement

La température doit rester idéale. Assiettes froides = plat ruiné. Assiettes brûlantes = plat réussi. Chauffez vos assiettes au four à 80 degrés quelques minutes avant.


Les variantes modernes et les autres plats "à la florentine"

Le classique vieillit rarement mal. L’œuf poché sur épinards avec sauce Mornay reste irrésistible. Cependant, les cuisines contemporaines le réinterprètent généreusement.

Variations du plat principal

Certains chefs remplacent l’œuf poché par un œuf mollet. Cet œuf cuit environ 5 à 6 minutes à la coque offre un jaune plus coulant encore. D’autres optent pour un œuf au plat, gardant le blanc cru sur les bords : c’est plus riche, plus audacieux.

Des versions servent le tout sur un muffin anglais toasté ou une tranche de pain de mie grillée. Cette base absorbe les sauces, crée une texture croquante. C’est très américain. Nous le voyons au brunch à New York depuis les années 1970.

Le bacon croustillant apparaît régulièrement. Émietté sur le plat finit, il ajoute du croquant, du salé, une fumée réconfortante. Certaines versions intègrent aussi du saumon fumé ou des crevettes : cela devient gastronomique, léger, délicatement iodé.

Les sauces alternatives

Les œufs à la florentine acceptent l’hollandaise, nous l’avons vu. Mais des cuisiniers proposent bien d’autres liaisons.

Une réduction balsamique vieillie apporte une acidité noble, du sucre caramélisé, une couleur sombre séduisante. Elle contraste magnifiquement avec les épinards verts.

Une mousse de chèvre frais salée remplace avantageusement la sauce classique quand on cherche de la légèreté. Le chèvre enrobe agréablement les épinards. Son goût légèrement acidulé dialogue parfaitement avec l’œuf.

Une crème à base d’ail des ours au printemps, de truffe en automne : les variations saisonnières infinies du plat. Chaque saison apporte ses inspirations.

L’équation moderne : respecter l’esprit, innover le détail

Les meilleurs plats modernes gardent l’architecture du classique. Épinards : obligatoires. Œuf coulant : indispensable. Sauce crémeuse ou riche : non négociable. Mais dans cette structure serrée, on expérimente les détails.

Un résumé des expériences réussies sur Le Bistrot du curé :

Variante Base Différence clé Niveau de difficulté
Classique Mornay Œuf poché Sauce crémeuse au fromage Moyen
Chèvre et miel Œuf poché Mousse de chèvre + trait de miel Moyen
Truffe et or Œuf mollet Crème à la truffe + or alimentaire Difficile
Américain brunch Œuf au plat Muffin grillé + bacon + Hollandaise Moyen
Printemps Œuf poché Ail des ours + crème fraîche Moyen

Autres plats "à la florentine"

Comprendre que "florentine" s’applique à bien au-delà des œufs enrichit notre connaissance gastronomique. C’est un qualificatif transposable, adaptable, qui voyage d’un plat à l’autre.

Poulet à la florentine

Ce plat jouissait d’une grande popularité aux États-Unis au XXe siècle. Particulièrement dans les années 1950-1970, quand la cuisine francisée séduisait la classe moyenne américaine.

Formule typique : filet de poulet poêlé, présenté sur un lit d’épinards cuits, recouvert de sauce Mornay, gratinée au four.

Certaines versions "simplifiées" pour les cantines utilisaient de la soupe à l’oignon en boîte diluée. Ces dégénérescences culinaires nous rappellent combien une belle recette peut être massacrée.

Versions sérieuses : poulet fermier de qualité, bouilli ou poêlé délicatement, accompagné d’épinards frais sautés, d’une sauce Mornay élaborée. C’est un plat de cuisine d’hôtel trois étoiles, certainement pas une malbouffe.

Omelette florentine

Dérivé direct et logique. Une omelette baveuse enveloppe des épinards sautés. Un voile de sauce Mornay peut la coiffer. Certains ajoutent du fromage râpé avant de replier l’omelette. C’est rapide (5 minutes) et très bon. Parfait pour un brunch tardif ou un dîner léger.

Quiche florentine

La quiche incarne l’alliance parfaite de la tarte et du plat garni. Pâte brisée croustillante, garniture d’épinards sautés, crème épaisse mélangée à des œufs battus, fromage râpé. Cuisson au four environ 30 à 35 minutes.

La quiche florentine voyage bien. Elle se sert chaude comme froide. Elle accompagne le pique-nique, le buffet, le repas improvisé. Réussie, elle demeure merveilleuse pendant 3 jours au réfrigérateur.

Pâtes à la florentine

Encore logique : des épinards, de la crème, du fromage, enroulent des tagliatelles, des pappardelles ou des pennes. Ajouter du bacon croustillant, des pinces de noix de muscade. C’est riche, rapide (15 minutes), délicieux. Un classique de bistro passe-partout.

Poisson à la florentine

Morue, sole, cabillaud : tous acceptent cette garniture. Le poisson repose sur son lit d’épinards, arrosé de sauce Mornay ou d’une simple beurre blanc citronnée.

C’est moins connu que le poulet, mais plus raffiné. La délicatesse du poisson dialogue agréablement avec les épinards. La sauce ne noie jamais le poisson, elle le accompagne respectueusement.

Moules florentine

Délicatesse rare mais réussie. Des moules ouvertes, garnies d’une brandade légère d’épinards, gratinées au four. Chaque coquille devient bouchée sophistiquée. Environ 12 à 15 moules constituent une entrée généreuse.

Huîtres à la florentine

Peut-être l’interprétation la plus audacieuse. Des huîtres chaudes (innovation, car on les mange généralement crues), garnies d’épinards crus finement hachés, légèrement de crème fraîche acidulée. Gratiner quelques secondes.

Provocant ? Oui. Délicieux ? Absolument. Traditionnel ? Non, c’est de l’invention contemporaine réussie.

Jambon braisé à la florentine

Les cuisines bourgeoises du XIXe siècle adoraient cette présentation. Un jambon entier braisé, présenté sur un lit d’épinards, accompagné de sauce Mornay généreuse. C’est une pièce maîtresse de table, impressionnante, généreuse. Demande 4 à 5 heures de cuisson lente.

Pain d’épinards florentine

Terrine ou pâté d’épinards cuits, lié avec des œufs et de la crème, cuit au four en bain-marie. Se déguste chaud ou froid, accompagné de sauce tomate ou de sauce Mornay. C’est végétarien avant la lettre, nourrissant, agréable.


À retenir

Les 5 points essentiels sur la florentine et ses origines :

  1. "Florentine" signifie épinards – Ce qualificatif culinaire désigne systématiquement un plat garni d’épinards préparés à la française, généralement avec une sauce crémeuse.

  2. L’histoire est plus complexe que la légende – Bien que Catherine de Médicis incarne le mythe populaire, les historiens peinent à prouver son rôle direct. L’influence italo-française sur la cuisine française s’explique par des échanges commerciaux et culturels plus larges.

  3. Auguste Escoffier a codifié le terme au XXe siècle – Son "Guide Culinaire" (1903) stabilise l’usage du mot. Avant lui, c’était plus flou. Après lui, c’était clairement établi.

  4. Trois ingrédients non-négociables – Épinards, œuf coulant, sauce généreuse. Otez l’un de ces trois, et ce n’est plus vraiment florentine.

  5. Le concept voyage – Poulet, poisson, pâtes, quiche, huîtres : le mot "florentine" se transpose partout. C’est un qualificatif adaptable, un passport culinaire porté par les épinards.


*Voilà ce que nous apprenons en creusant l’histoire d’un simple œuf poché. Les plats classiques conservent toujours des secrets. Sur Le Bistrot du curé, nous adorons les dénicher. Resterez-vous curieux ? Nous

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